SEQENSgroup

Le groupe chimique français a pris en 2011 un virage vers la pharmacie. Après avoir engagé 290 millions d’euros dans ses usines françaises en dix ans, Seqens continue d’investir sur le territoire.

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À Villeneuve-la Garenne, où Seqens finalise la construction d’une unité ultramoderne, le groupe produit une quinzaine de principes actifs.

Construit en 1893, à l’écart de tout urbanisme, le site chimique a depuis été rattrapé par la ville. À Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine), Seqens détient l’une des plus anciennes usines chimiques de principes actifs au monde. Ce site de 111 salariés produit une quinzaine de principes actifs à façon, comme un intermédiaire de l’héparine pour le compte de Sanofi, ou des antibiotiques hospitaliers, entre autres.

Certains d’entre eux entrent même dans la composition de plusieurs médicaments utilisés contre le Covid-19. Si le site est plus que centenaire, c’est pourtant ici que Seqens finalise la construction d’une unité ultramoderne qui devrait être inaugurée cet été. Alors que l’amont pharmaceutique a déserté l’Europe depuis une vingtaine d’années au profit de l’Asie, Seqens est l’une des entreprises en France qui prouve que la chimie fine pharmaceutique a toujours sa place sur le continent européen.

Un leader français de la chimie pharmaceutique

Mieux, le groupe français s’est positionné comme le leader français du secteur, accrochant des positions de n° 2 européen et n° 5 mondial en termes de ventes. Aujourd’hui, le groupe recense 3 200 salariés dans le monde, dont 1 700 en France, détient 24 sites industriels dont 15 en France, et a atteint un chiffre d’affaires d’environ 1 milliard d’euros l’an passé. Environ la moitié provient de son activité de synthèse pharmaceutique.

Depuis sa création en 2003, Seqens a pourtant bien changé. Fondé sous le nom de Novacap et contrôlé alors par Bain Capital, le groupe a démarré avec la reprise de trois usines françaises de chimie de Rhodia. D’abord focalisé sur des ingrédients chimiques et principalement sur une croissance organique, le groupe a marqué un virage majeur en 2011. Passée sous le contrôle du fonds Ardian, l’entreprise reprend à nouveau des actifs de Rhodia, mais cette fois en chimie pharmaceutique, avec des positions fortes en paracétamol et surtout en acide salicylique (aspirine), dont il est désormais leader mondial. Si la pharmacie était déjà l’un des débouchés du groupe, il s’impose dès lors comme l’un des principaux. Le tournant est aussi décisif sur le plan industriel car Novacap acquiert trois nouvelles usines en France et s’empare de trois sites à l’international, notamment à Wuxi, en Chine, un grand site mondial de paracétamol.

Une forte base industrielle dans l’Hexagone

Ce virage se confirme en 2013 avec la prise de contrôle du groupe Yangzi et une seconde usine chinoise de synthèse pharmaceutique. Dès lors, et sous le contrôle majoritaire d’Eurazeo à partir de 2016, Novacap déploie jusqu’en 2018 une stratégie continue de croissance externe dans le domaine de l’amont pharmaceutique. Il reprend ainsi l’allemand Uetikon, l’américain PCI Synthesis et le français PCAS, un des leaders en France, augmentant notablement son empreinte territoriale dans l’Hexagone. Car malgré son expansion internationale, le groupe, rebaptisé Seqens en 2018, n’a jamais négligé sa base industrielle française. « Mon obsession, c’est de remettre de l’argent dans des usines françaises », assène d’ailleurs Pierre Luzeau, son président. « En dix ans, nous y avons injecté 290 millions d’euros. C’est dans les gènes de Seqens d’investir et de produire en France « .

À l’heure du débat sur la relocalisation de cet amont pharmaceutique en France, Seqens est positionné pour capter l’afflux de la demande. Le groupe détient deux sites pharmaceutiques en Allemagne et en Finlande et huit en France, que ce soit pour les principes actifs (Saint-Fons, Limay, Aramon, Villeneuve-la-Garenne et Porcheville), et pour les intermédiaires et ingrédients de spécialité (Couterne, Bourgoin-Jallieu, Roussillon). Pierre Luzeau estime que « face à la concurrence asiatique, le prix de vente des principes actifs ne permet pas aux acteurs du secteur d’être rentables sur de nombreux produits génériques », et qu’il s’agit donc, pour capter cette reconquête, « de réinvestir dans les outils industriels et les moderniser ». Il juge d’ailleurs suffisantes les capacités des usines existantes en Europe pour « réintégrer la fabrication des principes actifs et des intermédiaires stratégiques partis en Asie » mais insiste sur le besoin « de nouvelles technologies pour rapatrier certaines molécules dans les meilleures conditions de respect des normes de qualité, de sécurité et de respect de l’environnement. Ce qui a été mis en place en Europe pour avoir des règles sociales et sociétales fait notre fierté, il faut impérativement les conserver ».

Du développement clinique à la production

Cette question de l’innovation ne se limite pas aux nouvelles technologies pour produire des molécules stratégiques anciennes. Il s’agit aussi de se positionner sur l’avenir. Car Seqens compte résolument rester un acteur chimique, même face à la montée des biotechnologies. D’après Pierre Luzeau, « dans les médicaments, plus de la moitié des molécules déposées auprès des autorités de santé européennes et américaines sont issues de la chimie », et « sur environ 2 800 principes actifs actuellement commercialisés, 70 % sont des molécules chimiques de synthèse ». Grâce à ses usines, leur intégration sur l’ensemble de cette chaîne pharmaceutique amont et à ses capacités de R & D, Seqens assure disposer d’une taille critique essentielle pour offrir une chaîne complète permettant d’accompagner les projets des laboratoires, et ce, du développement clinique jusqu’à la production des nouveaux médicaments. L’investissement en cours à Villeneuve-la-Garenne s’inscrit dans cette stratégie puisqu’il est destiné à produire des principes actifs complexes dédiés aux futurs médicaments.

Miser sur l’innovation

Le développement technologique est primordial pour les acteurs de la chimie fine pharmaceutique. Seqens explique croiser des technologies très diverses (réaction sous haute pression, chimie cryogénique, combinaison d’oxygénation, d’hydrogénation, de nitration…) pour répondre à toutes les demandes, qu’il s’agisse de grands laboratoires ou de biotechs, pour rapatrier d’anciennes molécules ou en développer de nouvelles. Son président, Pierre Luzeau, souligne l’importance de la « conception de nouveaux procédés qui permettent de s’appuyer sur des technologies plus propres, moins énergivores, plus efficaces ». Deux sont en vogue aujourd’hui. D’un côté la chimie en continu qui permet d’enchaîner des réactions chimiques sensibles dans une chaîne continue de petits réacteurs. En évitant des réactions isolées dans de grands réacteurs séparés, cela permet de diminuer les apports en solvants mais aussi de réduire les déchets et les émissions. De l’autre, la biocatalyse. « Au lieu d’utiliser des catalyseurs classiques, on peut utiliser des bactéries qui vont jouer un rôle accélérateur de la synthèse chimique ou améliorer la sélectivité », décrit Pierre Luzeau, qui assure que Seqens est « aujourd’hui l’un des leaders mondiaux de biocatalyse ».

Auteur : Julien Cottineau. Photos : Pascal Guittet.

Source : https://www.usinenouvelle.com/article/made-in-france-seqens-retour-vers-le-futur.N977726

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